Balle aux meuf – Pas de bonus pour le rugby féminin

Les féminines du Montpellier Rugby Club s'entraînent presque tous les jours.

Loin de l’effervescence de la discipline masculine, le rugby féminin français cherche à gagner en audience. Cela passe forcément par le basculement vers un statut professionnel.

Ils sont seulement deux ou trois badauds juchés sur les tribunes à scruter l’entraînement du jour. Sous un soleil brillant, les gammes du rugby s’enchaînent les unes après les autres. L’ambiance est studieuse et ça cogne fort sur les contacts. Difficile d’imaginer que c’est dans l’anonymat le plus total qu’une des meilleures équipes de France s’entraîne. Cette formation, c’est le Montpellier Rugby Club féminin, championne de France à cinq reprises et qualifiée pour le dernier carré du championnat cette année.

« Pendant nos matches, on a du mal à atteindre les 1.000 spectateurs, déplore Gaëlle Mignot, robuste trentenaire multiple championne de France. C’est encore compliqué de fédérer un public pour venir nous voir, et ce, même après nos nombreux titres ». Pour tenter de faire connaître leur sport, les rugbywomen mettent le bleu de chauffe en se montrant actives sur les réseaux sociaux. La communication, elles doivent la gérer elles-mêmes. « On est obligées de le faire, précise Montserrat Amédée, petite brune longiligne au visage de poupon. Nous les plus jeunes du club, on se montre présentes sur Twitter pour pouvoir faire venir nos amis et toucher un nouveau public ». 

La télévision, comme Grâal

Cette communication artisanale ne suffit pas à faire grimper l’audience d’un sport, pas encore installé à la télévision. Le Grâal pour fédérer un public. « J’ai vu une réelle différence après la diffusion télévisée de la Coupe du Monde féminine en France en août 2014, se rappelle Gaëlle Mignot, dans l’équipe qui avait fini à la troisième place mondiale. On doit suivre l’exemple du football féminin qui a vraiment explosé grâce aux droits TV ».

Signe d’un changement des habitudes, le championnat de France de Top 8, dans lequel Montpellier vise la victoire finale, sera diffusé sur la chaîne payante Eurosport. Une première cette année. La finale sera même accessible au plus grand nombre avec un partenariat signé avec France 4. Une vraie avancée pour dépasser un statut d’amateur contrastant avec les efforts quotidiens des joueuses.

À l’entraînement, elles subissent un rythme aussi élevé que leurs homologues masculins. « On s’entraîne tous les jours avec divers axes de travail, précise Gaëlle Mignot, marquée à l’oeil par son dernier match. Depuis quelques années, on a décidé de hausser le niveau sur la musculation pour pouvoir se battre sur les contacts ». Un abattage physique qui ne permet pas de dépasser un statut d’amateur durable. Les fiches de paie dans le rugby féminin, ça n’existe pas.

Les voisins européens en avance

« Depuis cette année, le club de Montpellier a mis en place une sorte de prime mensuelle de quelques centaines d’euros, relate Gaëlle Mignot. Autrement, c’est comme le sport amateur, nous payons notre licence et ne dégageons pas de fonds. La majeure partie de l’équipe est obligée de travailler à côté ». Seules les joueuses de l’équipe de France de rugby à 7 bénéficient d’un statut semi-pro. Les quelques privilégiées peuvent subvenir à peu près à leurs besoins. Sans pour autant rivaliser avec les plus gros salaires des hommes, pouvant atteindre plus d’un million d’euros par an.

« Je suis internationale et le contrat fédéral à 75% me permet de toucher un SMIC et d’être exonérée de loyer, explique Jenny Troncy, petite blonde pétillante de 31 ans et joueuse de rugby depuis qu’elle a 7 ans. Ce contrat est accompagné d’une obligation de poursuivre ses études ou de se former en parallèle. On sait pertinemment que ce n’est pas encore une solution pérenne financièrement et je prépare un concours pour entrer dans la police. »

Pourtant, le temps presse car certaines joueuses des pays voisins ont d’ores et déjà acquis le statut professionnel. « En Ecosse ou en Angleterre, le statut de professionnel a été mis en place et ça change beaucoup de choses, prévient Jenny, qui ne peut s’empêcher de gigoter quand elle n’est pas en train de s’entraîner. Si on ne suit pas le mouvement, l’écart va se creuser et on ne pourra plus rivaliser avec ces équipes. À terme, ça peut nous faire disparaître ». La fédération de rugby, désormais sous la gouvernance de Bernard Laporte, doit gérer ce tournant historique pour la discipline si la France veut encore peser dans les débats. Surtout qu’elle a pris énormément de retard, la FFR ayant longtemps snobé la discipline féminine.

Du côté de Montpellier, la force sportive ne se démord pas avec le statut de club français le plus dominant de ces dix dernières années. Les joueuses de l’Hérault, qualifiées pour les demi-finales, partiront à l’assaut d’un sixième titre de championnes de France. À défaut de gagner des milliers, elles gagnent des trophées.

Romain Conversin

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